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Quand l'en-Vie n'est pas là...

Dernière mise à jour : 21 déc. 2023




Cet hiver est rude, rude de changements, de pertes, de deuils. Il est impacté aussi par les bruits environnants d'une actualité sans cesse plus délirante. Alors, même si au fond de mon coeur je porte le goût du partage et la conviction que nous avançons ensemble, et que c'est ensemble que nous bâtissons l'avenir, mon heure est à un "retour à soi" plutôt qu'à "un aller vers l'autre". A l'intérieur de moi, "ça" n'a pas envie de participer aux festivités annuelles.


L'hiver est un passage souvent délicat pour moi, où je m'enfonce doucement, à l'instar des animaux, dans une activité plus intérieure, et où je nourris patiemment les germes et les prémices d'un printemps à-venir. L'actualité du monde gronde, ma propre actualité remue, je suis au prises à des mouvements intérieurs intenses. Pourtant, tout semble muet et figé, les images ont des contours flous et confus.


Si j'écoute plus attentivement, sourdent des mouvements subtils d'un devenir. Que faire alors en attendant de voir pointer ces fruits ?

 

Célébrer et remercier

 

L'hiver m'invite à revêtir des habits discrets de fêtes et aujourd'hui, loin du scintillement des vitrines, je célèbre aussi ce qui a enchanté et enrichi mon existence ces derniers temps, malgré les pertes. Même dans la nuit noire, des étoiles continuent de briller. Je ressens de la gratitude pour les êtres au coeur vivant qui m'entourent, qui m'apportent leur graines de présence chaleureuses et créatives, qui font scintiller mon existence en laissant briller leurs propres couleurs librement. Mes amis, ma famille et mes frères et soeurs de coeur. Mieux qu'un sapin illuminé, je ressens leur lumineuse affection comme une présence dans mon quotidien. Plus que jamais, j'aime vivre des relations authentiques et profondes.


Je célèbre aussi, plus particulièrement, dans cet hiver où il a choisi de partir, ce que mon père m'a donné, en étant qui il était, même si je ne l'ai pas toujours vu comme un cadeau ! Au pied de ce sapin imaginaire, je pose ces quelques présents révélés par son absence : la joie d'accueillir des amis, l'envie decuisiner, de chanter pour le plaisir, d'écrire pour se rappeler, l'appétence pour les études. Je garde précieusement des objets du quotidien, qui lui ont appartenu - écharpe, porte-feuille, carnet de notes, sacoche... qu'il a glissés malicieusement entre mes mains entre deux portes. Comme pour ne pas l'oublier. Je rends hommage à la personne singulière qu'il a été, aussi bien pour moi que pour mes proches, et évoquer son souvenir me rappelle à sa présence. Aujourd'hui, je mesure à quel point il a construit en bosses et en creux la personne que je suis.


Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde. Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous. Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais. Alors qu’avant votre vue pouvait s’obscurcir pour des tas de raisons, toujours mauvaises (hostilités, rancœurs, etc.), là vous reconnaissez le plus profond et le meilleur de la personne. Toutes ces choses impondérables qui rôdent dans l’éclat d’un regard, passent par un rire, par des gestes, qui faisaient que la personne était unique, reviennent à vous par la pensée. (Christian Bobin)

 

S'accorder le temps du deuil

 

Le deuil, si difficile, d'une situation qui nous est imposée et que nous n'avons pas choisie réclame un temps que l'on ne peut mesurer. La perte d'un être cher, un accident, une maladie... ces épreuves qui nous renvoient à notre condition humaine, si fragile. La perte nous rappelle à notre réalité, nous sommes des êtres de passage. "Je ne veux pas perdre" affirmait un des élèves que j'accompagne, cette semaine, devant sa maman qui aurait bien aimé qu'il grandisse un peu. Je constatais silencieusement, malgré mes dizaines d'années de plus : "Moi non plus...". Il m'est bien difficile de perdre, d'accepter mon impuissance, de voir certains aspects de la réalité en face, de lâcher les anciens repères.


"La perte est le prix de la vie. C'est aussi la source de presque tous nos progrès et nos gains." (Judith Viorst, Les renoncements nécessaires)

Le deuil est un processus. Il s'inscrit dans le temps, le temps d'interroger tous nos espoirs déçus, nos blessures passées, nos attentes, de faire face à l'absence. Il génère de la colère, de la frustration, du chagrin, un déchirement intérieur, des vagues d'une grande puissance. Il nous mène à prendre conscience de notre vulnérabilité, de l'impermanence et du sentiment d'impuissance. Il peut aussi nous élever vers l'ouverture de coeur et l'humilité, une fois la colère et le chagrin déversés pleinement. Encore que.. peut-être ressurgit-il au détour d'un événement ?


Le deuil à l'aide de la CNV


Les deuils n'ont pas lieu seulement lors des obsèques. Ils ont lieu à chaque instant où nous abandonnons de vieux repères, une ancienne vie, un désir auquel on tenait. Honorer tout ce que ces aspects de notre existence nous ont apportés, identifier les besoins qui ont été insatisfaits et ceux aui ont été servis à leur manière, comprendre aussi ce qui nous a conduits à agir par le passé, permet de dépasser le regret qui nous laisse amers. Ainsi, nous pouvons laisser s'exprimer ce qui n'a pas pu le faire et voir la beauté de l'intention de ce qui a présidé nos choix. Tenir dans une seule mains nos différentes aspirations, écouter leur voix qui réclame de l'attention, de la considération : cela suffit parfois à apaiser ces conflits intérieurs. A chaque instant, quand nous faisons un choix, nous faisons aussi le deuil d'autres possibles.


La CNV ouvre la possibilité de reconnaître et d'honorer tous nos besoins présents, en lâchant parfois des stratégies inopérantes, pour en proposer d'autres plus ajustées. Plus encore, elle nous invite à regarder avec compassion nos multiples aspects intérieurs et nous ouvre ainsi à comprendre l'autre dans sa complexité.


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